Dernier jour à Ibiza ! Nous profitons de cette dernière grosse demi-journée pour partir vers le nord. Nous nous arrêtons d'abord à Sant Joan, où se tient un marché qui se veut hippy, qui l'est un peu, mais qui est d'abord un marché, et lucratif visiblement. On y croise donc, entre les touristes, des représentants typiques du peuple de l'herbe, accoutrés comme il se doit. Après quelques allées et venues, achats et coups d’œil dans l'église du lieu, nous repartons pour Portinatx, tout au nord de l'île, avec un arrêt à une magnifique tour de défense érigée là pour défendre la baie. La vue sur Portinatx est superbe. Nous reprenons la voiture pour nous rendre au centre de la petite station balnéaire, nous prenons un café au milieu des habitants et de quelques touristes, dans une ambiance détendue mais animée, et nous allons sur la plage pour une baignade (au milieu des français...) et pour pique-niquer à l'ombre d'un pin, mais sous l’œil fort intéressé de goélands affamés. Malheureusement, l'heure passe et avant de rentrer chez Anna pour le départ définitif, nous nous promenons longuement le long du littoral de la petite ville, entre jolis immeubles, ancien phare reconverti en résidence, petite presqu'île hérissée de rochers pointus, et phare récent ressemblant à un sucre d'orge. Nous repartons tout de suite, chez Anna, nous avons juste le temps de prendre une douche et de préparer les affaires, et nous voilà en route pour l'aéroport. Le trajet aérien pour Marseille est très court, comme celui sur l'autoroute, et nous voilà rentrés à la maison !
Merci d'avoir lu ces quelques lignes quotidiennes !
Le temps devait se dégrader aujourd'hui... heureusement ce ne fut pas le cas. Nous sommes donc partis pour l'est de l'île, pour la région de Santa Eularia, une belle station balnéaire fort agréable et fort vivante. Une petite balade sur le bord de mer nous permet de profiter de l'iode, de beaux paysages et d'une vue sur une compétition mondiale de nage en eau libre. La ville est vivante, animée d'une fête aux livres, et nous nous arrêtons prendre un café au soleil et face au large. Nous repartons en direction d'une crique voisine, la Cala de Olivera, que nous rejoignons en traversant des collines qui commencent à être mitées de résidences et de villas extrêmement luxueuses. La cala nous tend les bras au bas du chemin, et nous profitons d'une table libre et à l'ombre (car le soleil tape finalement fort) au petit "chiringuito" du coin. Nous prenons des seiches à la plancha, des dorades grillées, des pétoncles à l'ail, avec un petit blanc sec... un régal absolu, sous les pins et devant les eaux bleues de la Méditerranée. Nous nous prélassons ensuite au soleil sur la plage, entre discussions, lectures, ramassage de galets et baignades. Au bout d'un certain temps, nous repartons à pied par le chemin de l'aller, nous rejoignons la voiture pour rejoindre la Cala Llonga, grande crique avec une immense plage bordée d'hôtels énormes et blancs. Une DJ ambiance un coin de la plage, avec des danseurs visiblement "made in Ibiza", et des badauds amusés, mais nous ne trouvons pas de bar sympathique pour nous abreuver. Nous repartons donc à Santa Eularia pour retrouver l'ambiance agréable de la ville, la compétition de nage libre et un petit bar au-dessus de la plage. La "clara" est la bienvenue, le spectacle des "estivants" avant l'heure nous amuse. Nous repartons pour aller voir l'église du Puig de la Missa, peut-être la plus ancienne de l'île. En chemin nous mangeons une très bonne glace. Une petite montée puis quelques escaliers nous mènent au sommet de la colline qui a dû être habitée très tôt, et qui laisse à présent voir des maison anciennes, blanchies à la chaux, des constructions en pierre, et surtout un ensemble formé d'une très grosse église du seizième siècle, d'un bastion fortifié de la même époque et de deux petits cimetières pleins de poésie. La vue depuis ce promontoire est magnifique, les murs blancs, le ciel bleu, les arcades, tout nous transporte dans une autre époque, ou en Méditerranée orientale. Nous redescendons, les yeux pleins de beauté, et nous revenons chez Anna, après une pause courses qui nous permet de finir la journée par un apéro dînatoire où les discussions vont bon train.
Une journée plutôt tranquille que ce vendredi, enfin, en principe. Nous partons vers la vieille ville en longeant la mer, l'air est frisquet, le ciel nuageux, il est même tombé trois gouttes lors du petit-déjeuner. Nous avons prévu de voir une exposition de photos dans un ancien couvent de la vieille ville... mais l'exposition est en train de plier bagage à notre arrivée. Nous déambulons dans l'ancien couvent devenu un bâtiment administratif et culturel, les murs sobres, blancs, le calme qui y règne, tout cela donnerait presque envie d'entrer dans les ordres. Quelques allées et venues dans les ruelles anciennes, un petit arrêt chez les chanoinesses pâtissières, et nous voilà au pied des murailles, installés au Montesol, fréquenté jadis par Orson Welles, Grace Kelly, les Pink Floyd ou d'autres stars hippies des années 60/70, Nous y prenons un "café bonbon" et un cappuccino, bien en accord avec le temps maussade. Mais nous devons attraper le bus pour rejoindre Anna à Sant Jordi, elle nous y attend avec des sandwichs que nous mangerons ensemble au lycée français. Nous marchons d'un pas pressé pour rejoindre la gare routière d'où part le bus, et en arrivant, il nous part sous le nez, alors que nous courons derrière lui. Qu'à cela ne tienne, nous attendrons le prochain, mais celui-ci arrive avec quinze minutes de retard. C'est quand-même encore jouable, cependant, à force d'arrêts longs ou de problèmes avec des voyageurs, les quinze minutes deviennent vingt, puis vingt-cinq, voire trente. Les gens s'impatientent, crient, mais rien n'y fait. Anna nous attend sur le parking de sa boulangerie, nous serons en retard. Lorsque nous arrivons au lycée, nous sommes présentés à quelques personnes du personnel, et nous attendons qu'Anna finisse ce qu'elle a à faire. Après le sandwich, elle nous fait visiter l'établissement, fort rural, avec son tout petit nombre de classes (donc d'élèves), entouré d'orangers, de figuiers ou de poules... En attendant l'heure du départ pour d'autres aventures, Mag fait une petite sieste sous un oranger pendant que je lis à l'ombre d'une palissade. Et nous voilà partis pour Sa Caleta, une petite crique entourée de bateaux de pêcheurs, au pied d'un promontoire où se mêlent des vestiges phéniciens (un village !), des restes de bâtiments du dix-huitième siècle et des années 1940, avec des batteries de canons et des bunkers. Mais le paysage est grandiose, dangereux avec ses falaises qui s'effondrent, mais magnifique. Un tunnel creusé dans la roche débouche sur la mer, au milieu des falaises : une merveille ! Nous repartons vers l'ouest à travers forêts intactes, belles demeures et complexes hôteliers gigantesques, pour nous garer à deux pas d'un chemin longeant les falaises, sur le point de s'effondrer elles-aussi. Nous l'empruntons et débouchons sur une vision à couper le souffle : les rochers d'Es Vedranell et surtout d'Es Vedra, qui pointe ses presque deux cents mètres de haut verticalement au milieu des flots. Impressionnant. Il y a trop de nuages pour voir le coucher du soleil, mais nous repartons juste au moment où l'astre du jour disparaît derrière la nue. Et ensuite, nous n'avons plus qu'à rentrer pour un apéro dînatoire/salade avec un petit Rioja blanc, tout à fait agréable.
Jour férié aujourd'hui pour la ville de Sant Jordi où travaille Anna, nous nous sommes donc tous levés en même temps. Après un petit tour au marché couvert plein de produits appétissants, une rencontre avec une famille de palmipèdes dans un parc, et quelques préparatifs succincts, nous avons pris la direction de Sant Jordi, justement, petite ville des environs de la capitale où se déroule la fête traditionnelle. Une petite pause café et nous voilà en quête du lieu de la fête, mais le passage de charrettes remplies de personnes costumées nous indique bien vite où aller. Sur une grande place, des baraques offrent de la nourriture et de quoi boire, des manèges accueillent les enfants et une grande scène annonce des concerts à venir. Devant la scène, les gens costumés de façon traditionnelle entame des danses ancestrales liées à l'amour. C'est codifié, les hommes lèvent haut la jambe, les femmes ont l'air de se déplacer sur des roulettes... l'ensemble est un peu mystérieux, mais on y perçoit un sens global. L'ambiance est bon enfant, les habitants mangent et boivent entre éclats de rire et poignées de main, s'offrent des roses ou se donnent des livres. Nous visitons rapidement la petite église Saint Georges voisine et son cimetière propret, puis nous retournons à la voiture pour aller manger sur une plage. Une fois arrivés à Es Cubells, dont le centre se compose surtout d'une nouvelle église toute blanche, nous prenons un sentier qui nous conduit à un ermitage (du dix-neuvième siècle...) organisé autour d'une source qui sourd de la roche. Le chemin, un peu raide nous conduit à une petite route, qui nous mène peu à peu à un restaurant lové au pied des pentes abruptes de la région, tout au bord de la mer. La plage de Ses Boques, une plage de galets, nous attend, nous y mangeons, nous nous y baignons, nous profitons du soleil (encore !), et ce juste en-dessous de la maison de David Guetta, puis nous repartons, non sans un arrêt à quelques cabanes à bateaux d'un aspect tout à fait charmant, d'ailleurs cet avis doit être partagé car un photographe a choisi ce lieu pour une séance photos avec des mannequins, probablement pour des maillots de bain. Nous les laissons travailler et reprenons l'ascension, rude, vers Es Cubells, en profitant de la vue splendide sur la côte. Du village, nous repartons vers Santa Gertrudis (charmant prénom !), nous pénétrons dans l'église de la ville, où une chorale répète des chants religieux, et après avoir croisé une actrice connue de la télévision française, nous déambulons dans la rue principale, nous arrêtant pour quelques achats, et pour boire une "clara con limon" bien méritée ! L'ambiance est très joyeuse, les touristes sont mêlés aux autochtones, les générations cohabitent, l'air est doux... Mais il est temps de repartir pour préparer à manger, notamment le calamar acheté ce matin qui finira dans nos assiettes avec de l'ail et du citron. La soirée est consacrée au visionnage de quelques clips vintage ayant pour cadre Ibiza et Formentera.
Les jours se suivent sans se ressembler... Lever un peu plus tôt que d'habitude aujourd'hui : nous devons lever l'ancre pour Formentera en début de matinée. La mer est d'huile et nous embarquons à quelques centaines de mètres de chez Anna, tout va bien ! La traversée dure un peu plus d'une heure, entre îlots rocheux désolés et cormorans rasant l'eau ou y plongeant, entre phares du bout du monde et petits bateaux de pêche perdus dans l'immensité marine. Nous longeons une partie de ce que nous avons vu naguère : les tours et les grandes plages, les restaurants de bord de mer et les cabanes de pêcheur... mais bientôt nous apercevons l'île et son petit port qui nous accueille, et nous allons vite louer des vélos électriques pour nous lancer à la découverte du coin. Après avoir longé des salines à taille humaine, entourées de cyprès et de Tamaris dont l'odeur entêtante me replonge dans les étés de mon enfance, surplombées parfois d'un moulin ou d'entrepôts d'un autre âge, bordées de dunes de plus en plus grandes, nous arrivons au bout de cette langue de terre, où la transparence de l'eau et la blancheur du sable nous poussent à faire une halte baignade (même si l'eau est encore un peu fraîche en cette heure matinale). Nous barbotons donc, mais c'est Bora-bora ! Nous repartons en errant un peu sur les chemins, les indications pour les vélos n'étant pas toujours fiables, et nous finissons par trouver notre route, qui nous fait passer près d'un monument mégalithique datant d'il y a quatre mille ans, puis nous amène à la petite ville de San Ferran. Il n'y a personne nulle part, mais les fantômes des gloires du passé rôdent : Bob Dylan, Jimi Hendrix, Jim Morrison ou les membres de Led Zeppelin, peut-être, plus certainement le groupe Pink Floyd, auraient séjourné à la Fonda Pepe, dans l'artère principale du village, le fabricant de guitares du coin en aurait reçu des commandes prestigieuses. L'église est massive, trapue, prête à toutes les attaques de pirates ! Mais nous repartons vers l’extrémité orientale de l'île, par de petits chemins ruraux. Nous longeons des champs un peu sec, et de curieux figuiers attirent notre attention : ils sont bas, les branches descendent vers le sol, mais sont soutenues par des bouts de bois formant étais, et s'appuyant sur un grand cercle de fer. Ceci permettait aux habitants de l'île, de s'asseoir à l'ombre fraîche de l'arbre, pendant les grandes chaleurs. Après avoir dépassé le chemin vers le Blue Bar, fréquenté de façon plus certaine par les stars déjà évoquées, nous poussons jusqu'à Es Calo, nous y pique-niquons dans une anfractuosité de rochers acérés, devant les flots de cristal, à deux pas d'un petit port bordé de cabanes de pêcheurs avec leurs rampes pour remonter les bateaux. Le frugal repas terminé, nous prenons un café devant la mer, la mer toujours recommencée. Nous aurions souhaiter aller jusqu'au moulin figurant sur la pochette de l'album "More" (Pink Floyd), mais le niveau de batterie des vélos électriques nous inquiète et nous craignons de ne pas avoir le temps de retourner au port à temps pour rendre les vélos et grimper dans le ferry pour rentrer. Nous faisons donc une petite boucle vers le "Calo des Mort", une minuscule crique, environnée de falaises faites d'une sorte de safre blond, à l'eau cristalline peuplée de poissons qui viennent s'ébattre jusque dans nos jambes. La baignade est la bienvenue ! Mais il est temps de repartir, l'inquiétude susdit nous reprenant. Nous filons alors tout droit pour traverser l'île sans traîner jusqu'au port où le ferry doit nous ramener à Ibiza, nous côtoyons un petit troupeau de moutons, nous faisons une très courte halte sur la place de l'église de San Francesc, transformée en stade pour des dizaines de petits joueurs de foot qui dribblent et tirent, sous les yeux de leurs parents attablés aux quelques cafés du village. L'église, massive, blanche, fortifiée (pour se protéger des attaques de pirates), fait penser à celles des villages du Mexique. Sur le port, nous nous installons pour boire un coup en attendant qu'arrive le ferry. Mais nous ne voyons rien venir... et une minute avant l'heure de départ, ne voyant toujours rien, nous nous adressons à un marin du premier navire venu, et il nous répond que c'est sur ce bateau-même que nous devons monter. Ouf ! Nous étions à deux doigts de passer une nuit sur Formentera ! Le retour est plus rapide que l'aller, plus frais aussi, les paysages sont magnifiques, et nous sommes accueillis chez Anna par des tapas et du bon vin... que demander de plus ?
Une journée calme que ce mardi... Après quelques courses, nous prenons le bus direction Sant Antoni, grande station balnéaire prisée par les anglo-saxons depuis les années 50. La ville est célèbre pour ses clubs, ses bars branchés musicaux, sa vie nocturne. La traversée de l'île nous permet d'appréhender les paysages ruraux du centre, ses collines parsemées de restanques, ses petites maisons blanches aux formes arrondies, ses palmiers qui poussent de façon aléatoire un peu partout, ses forêts de pins, ses écoles bruissant d'enfants joyeux. Dès notre arrivée dans la ville, nous laissons "l’œuf de Colomb" sur son rond-point et allons visiter l'église. Construite comme une petite forteresse, avec sa tour de défense, elle offre de jolies particularités comme sa cour d'entrée entourée d'arcades blanches, son double clocher trapu, ou ses azulejos sur les bases des piliers dans la nef. Mais il s'agit du seul intérêt patrimonial de la ville. Tout le reste n'est constitué que d'immeubles de vacances des années 80, de rues se coupant à angle droit remplies de pubs britanniques, de magasins pour touristes, de bazars d'articles chinois et fièrement proclamés comme tels. Nous traversons quelques terrains vagues servant de parkings pour déboucher sur des bars ultra-branchés : le "Mambo" et le "Café del mar" (fermé). La plupart des établissements de la ville sont en travaux, fermés ou en rénovation... mais quoi qu'il en soit, ils ne nous attirent pas vraiment, et rien dans la ville ne nous semble bien intéressant, sauf peut-être ce petit phare d'antan perdu au milieu des immeubles pour vacanciers. Nous mangeons un repas indonésien (!) au "Rita's Cantina", qui offre un service sympathique et des prix fort modestes malgré la réputation du lieu. Puis, après quelques achats, et un café sur la place tranquille qui jouxte le port, nous allons nous poser sur la plage devant le club "Es Paradis", plage déserte, où nous passons un temps long à lire, nous baigner, échanger sur nos destinations des jours prochains... et dormir. Mais l'heure de retrouver Anna arrive et nous retournons au bar de la place du port pour nous désaltérer d'une "clara", assistant à quelques pitreries d'un vieux monsieur glanant ainsi trois sous, avant qu'Anna nous récupère en voiture. Nous nous rendons à la "Cala del Comte" pour profiter du superbe coucher de soleil. L'endroit est magique : une eau transparente, des bandes de sable qui s'avancent dans la mer, des îles qui s'égrènent au loin, des bars de plage à l'architecture improbable, des falaises miniatures de sable et de safre, et le soleil qui décline sur l'horizon devant des oiseaux facétieux. Encore un moment hors du temps ! Mais la nuit tombe et nous reprenons la voiture pour rentrer, manger et nous coucher.
Nous partons pour une journée de marche au bord de la mer, en allant prendre... un bus. En quelques minutes, nous voici dépaysés, dans un endroit préservé, entre marais salants, mer transparente et dunes de sable blanc. Nous commençons notre périple pédestre par l'immense plage de Ses Salines, où quelques touristes matinaux s'ébattent dans l'eau ou se promènent comme nous, alors que les deux ou trois bars branchés se réveillent, que des mouettes semblent quémander quelque chose sur le sable et que la tour de Ses Portes, au loin, joue les sentinelles en nous attirant magnétiquement. La balade est agréable, la chaleur est supportable, d'étranges formations rocheuses déchiquetées abritent des naturistes placides, des restes de carrières donnent à la côte, parfois, des airs de piscines naturelles, des bancs de poissons tournent autour de nos pieds dans l'eau d'une transparence exceptionnelle... c'est un plaisir. Arrivés au pied de la tour de Ses Portes, la chaleur est plus marquée et nous trouvons de l'ombre devant une cabane de pêcheur lovée dans une anfractuosité de rocher au pied de la tour. Une petite halte bienvenue sous l’œil d'un cormoran perché sur un rocher et face à la mer argentée. Puis nous reprenons notre marche sur un littoral rocheux qui s'éboule bien souvent, laissant de grands trous où l'eau s'engouffre quand ils ne sont pas envahis par des monceaux de posidonies séchées. Et nous voilà encore sur une plage à l'eau transparente. Le soleil tape fort à présent, l'envie de nous baigner est trop forte, nous n'y résistons pas, au milieu des quelques amateurs nus de soleil et d'air iodé. C'est là que nous pique-niquons aussi. Au bout de la plage un restaurant visiblement huppé attire notre regard, nous allons y prendre un café, allongés sur des canapés alors qu'à nos pieds le clapotis des vaguelettes d'eau limpide concurrencent le piaillement des petits oiseaux attirés par les assiettes des clients. Mais bientôt une erreur est commise et nous repartons de ces lieux enchanteurs par la route qui longe les marais salants. Au départ, c'est intéressant, les bassins ne sont pas tous de la même couleur, des montagnes de sel à l'arrière-plan sont du plus bel effet, mais la marche, au bord de la route très fréquentée, devient pénible, les voitures et les bus nous doublent à pleine vitesse, le soleil tape sur nos têtes, l'entreprise devient hasardeuse et pénible. Nous récupérons un chemin poussiéreux, digne du Mexique colonial, croisons quelques personnes, et finalement nous arrivons à une seconde tour posée sur un rocher au-dessus des flots. C'est la tour de Sa Sal Rossa, qui domine une petite crique avec quelques cabanes de pêcheur d'un côté, et le début de la plage d'En Bossa de l'autre. C'est la plage du sud de l'agglomération d'Ibiza, avec des clubs célèbres qui la bordent, dans le bruit des réacteurs d'avion quittant juste l'aéroport à cet endroit, avec ses barres d'hôtels plus ou moins récents et ses quelques naturistes qui disparaissent à mesure que la densité des bâtiments s'accroît. C'est là, au bar Tahiti, que nous devons rejoindre Anna et des collègues formateurs pour prendre un verre et discuter du destin du monde, mais le Tahiti étant fermé, nous irons plus modestement dans un bar du coin. Les températures fraîchissant, nous rentrons chez Anna pour un bon petit repas avant de nous coucher.
Vite levés, vite partis et nous voilà en route pour de nouvelles découvertes. La matinée est consacrée à la visite du "Puig des molins", la colline des moulins, qui est en réalité une nécropole antique (phénicienne, carthaginoise puis romaine). Nous déambulons d'abord dans le musée, qui expose un grand nombre d'objets découverts sur le site, donc dans des tombes, objets de toutes formes et de tous usages, depuis de magnifiques sculptures en terre cuite, jusqu'à des outils de métal, des bijoux en pâte de verre ou en pierres semi-précieuses, des amphores... C'est très riche et très instructif : nous apprenons ainsi que le nom d'Ibiza dérive du dieu égyptien Bès, récupéré par les phéniciens (Y-bsm = île de Bès), et donnant en latin Ebusum, d'où Ibiza. Nous partons ensuite découvrir les tombes sur la colline, ce sont des hypogées pour la plupart, il y a une entrée dans le rocher et ensuite une ou plusieurs "salles" creusées dans la calcaire. Impressionnant ! Entre les tombes, une passerelle serpente qui nous offre à voir une multitude de petits lézards verts typiques de l'île. Nous quittons les lieux pour retourner chez Anna qui nous emmène en voiture vers le nord, pour un après-midi "hippie chic" ! Dans l'établissement "Las Dalias", à San Carles, mythique lieu de fêtes des années 60-70, et marché "aux puces" hippie, nous parcourons des allées remplies de boutiques vendant divers produits qui se veulent hippies, mais qui ressemblent à beaucoup de choses qu'on trouve dans toutes les boutiques de quartiers branchés de n'importe quelle ville. Qu'importe ! C'est l'ambiance qui compte (assurée par des DJ et musiciens ici et là) et la clientèle typique. Un petit verre dans le bar historique, un petit tour des lieux festifs, et nous voilà partis pour manger un morceau "Chez Anita", le bar-restau situé un peu plus loin au centre de San Carles qui servit de bureau de poste pour les hippies d'autrefois, et où nous mangeons de bon produits de la mer. Nous faisons un petit tour à la charmante église toute blanche, comme les maisons de la campagne environnante, qui n'est pas sans rappeler les églises mexicaines. Mais il est temps d'aller un peu plus vers le nord encore, en empruntant des routes particulièrement tortueuses, parfois fermées (nous devons rebrousser chemin), pour parvenir enfin à la merveilleuse plage de Benirras, peuplée de famille bobo-hippies, avec enfants, ou non, mais où les gens semblent tous se connaître. C'est très étrange. Les corps sont plutôt dénudés, les cigarettes ont des odeurs entêtantes, certains font des passes magnétiques entre eux, et surtout un curieux ballet de djembés rythme notre arrivée. C'est que bientôt, le soleil commence à décliner et que son coucher va être accompagné par un concert de percussions ininterrompu, applaudi par les occupants de la plage qui dansent et frappe dans leurs mains de manière presque hypnotique tant le son est lancinant. J'en profite pour aller me baigner dans l'eau fraîche, plusieurs fois, pour lire un peu et partager une bière sur le sable. Au moment du sublime coucher de soleil, sur l'horizon, entre une petite île et un énigmatique rocher gigantesque émergeant de l'eau, le concert de djembés cesse et les applaudissements s'adressent alors à l'astre qui vient de se noyer. Grandiose ! Après ce spectacle, il ne nous reste qu'à rentrer à Ibiza-ville pour manger un peu et nous préparer pour la nuit.
Petite journée tranquille, a priori, en attendant ce soir le retour d'Anna qui nous loge. Nous repartons vers le bord de mer pour longer encore une fois cette côte tellement accueillante, et nous nous retrouvons à l'entrée des remparts, à l'endroit où nous étions arrivés hier soir. Avec le ciel bleu et le soleil éclatant, ces vieilles pierres semblent nous écraser, comme elles ont dû impressionner les ennemis des Habsbourg du temps de la construction des murailles. A l'intérieur, la blancheur des maisons, des palais, la végétation presque maghrébine, les curiosités cachées ici et là (un vieux tunnel médiéval dissimulé et surmonté d'un autel baroque, une étrange "maison de Colomb"...) nous plongent dans un dépaysement auquel nous ne nous étions pas attendus. Nous décidons de commencer par le haut de la vieille ville, par la cathédrale, bâtie sur une mosquée, elle-même bâtie sur des vestiges romains et plus anciennement phéniciens. Mais l'intérieur est baroque, blanc, et un petit musée diocésain nous amuse avec ses madones à la mine renfrognée, sa collection de portraits d'évêques dont certains sont assez effrayants, ses reliquaires aux ossements nombreux répertoriés sur une liste microscopique collée sur le côté, une sculpture de saint coiffé d'une flamme qui lui donne des airs de Tintin. Nous poursuivons par les bastions les plus avancés sur la mer qui offrent des vues époustouflantes sur Formentera et le grand large. Mais il est temps de faire une petite halte dans le "Parador" (chaîne d'état d'hôtels de prestige), et de nous installer dans les confortables canapés qui bordent la cour de ce qui fut "l'acropole" phénicienne et romaine, puis la forteresse arabe et catalane de la ville. Le lieu est d'une beauté incroyable, parfaitement rénové, et contient une telle quantité d’œuvres d'art magnifiquement intégrées à l'architecture des lieux qu'on se croirait dans un musée. Nous avons du mal à quitter l'endroit, mais nous repartons pour déambuler dans les ruelles blanches, en nous arrêtant au centre d'interprétation sur l'Ibiza arabe, puis au musée Puget, qui présente les œuvres du père et du fils de ce nom dans un palais médiéval superbe, offrant un panorama sur toute la ville. En sortant, nous nous mettons en quête d'un couvent de chanoinesses augustiniennes qui, paraît-il, confectionnent de délicieuses pâtisseries... malgré un retour de messe un peu tardif, au point qu'une famille espagnole se sent obligée de sonner plusieurs fois à la boutique, puis de téléphoner et enfin de hurler pour faire venir les deux pauvres sœurs bien penaudes, nous sommes ravis de pouvoir faire le plein de ces petits gâteaux qui sont en effet bien bons ! Les oreillettes citron/menthe, les rubiols fourrés à la pomme, et même les empanadas maison disparaissent vite lors du pique-nique longuement dégusté sur une placette paisible dominant la mer et ses reflets argentés. Nos pas nous conduisent ensuite au bas de la vieille ville, à la porte des Taules, monumentale, avec une "place d'armes" bordée d'arcades et précédée d'un pont levis qu'encadrent deux statues romaines (enfin, des copies...). Après avoir contourné le vieux marché dorique et le marché aux poissons (tous deux en travaux), nous continuons notre traversée de ce quartier du port que jalonnent des rues aux boutiques se voulant "hippies", avec plus ou moins de succès, ornées de guirlandes de fleurs ou de tissus colorés, bientôt remplacées par des ruelles plus tortueuses, encombrées parfois de rebuts, aux installations électriques précaires, où deux fillettes se poursuivent en s'invectivant, l'une d'elles me demandant avec aplomb si je prends des photos, et de qui ou de quoi... c'est le quartier gitan, délabré mais encore palpitant de vie. Et nous voilà bientôt sur le port, tout bruissant de commentaires d'un speaker annonçant le départ imminent du marathon d'Ibiza, au rythme de musiques dignes des boîtes branchées de l'île. Nous nous promenons le long des quais et d'une longue jetée qui nous permet de contempler d'un seul coup d’œil la vieille ville, le port et les athlètes qui s'échauffent encore. Le départ de l'épreuve est fort joyeux, mais nous laissons les coureurs disparaître dans la ville, alors que nous prenons le chemin du retour en passant par les grandes places "du Parc" et de la "Promenade Vara de Rey" (pirate mercenaire héros d'Ibiza). C'est entre les deux que nous nous arrêtons pour prendre des rafraîchissements à la terrasse d'un sympathique établissement. Mais il est tant de rentrer sans tarder, après quelques menues courses, pour retrouver Anna qui revient de son déplacement professionnel. La soirée de retrouvailles est chaleureuse et pleine de récits d'anecdotes ou d'évocations de visites à faire les jours prochains.
Nous voilà donc repartis, direction l'île des fêtes et des DJ, l'île des hippies et des boîtes : Ibiza. De la maison à l'atterrissage à Ibiza, nous n'avons pas eu l'impression de voyager, un peu de voiture, peu d'attente autour d'un café, un très court vol au-dessus des flots calmes et ensoleillés, un petit trajet en bus et nous voilà au centre de la ville d'Ibiza. Il nous a fallu plus de temps pour trouver la maison de notre amie qui nous héberge que pour traverser la Méditerranée, ou peu s'en faut. Mais une fois chez elle, nous avons profité de son immense appartement (enfin, quand la femme de ménage eut fini ses tâches que nous étions venus interrompre...) et de l'ensoleillement déjà conséquent en cette mi-avril. Un petit en-cas vite avalé, une petite bière partagée, et nous sommes partis pour une première exploration de la ville. La plage de Ses Figueretes est à deux pas, et nous commençons par la longer pour profiter de l'air marin, des palmiers, des vacanciers hésitant encore entre la tenue de fête au Pacha ou celle de la balade familiale en avril, des belles vues vers Formentera et sur la vieille ville. Et plus nous en approchons, et plus nous avons envie d'y monter pour voir à quoi ressemblent les ruelles et les maisons de cette citadelle de la Renaissance. Nous ne sommes pas déçus, les murailles sont épaisses, impressionnantes, la vue est belle sur la ville, l'ambiance est tranquillement joyeuse, les restaurants et les bars sont bien garnis... Ce n'est pas la fièvre estivale, mais on la sent poindre. Les ruelles qui montent et descendent, se perdent pour se retrouver, les maisons blanches et les palais aux glycines improbables, le toc de certaines boutiques, tout attire et réjouit nos regards curieux. Mais la nuit est tombée, et il faut reprendre le chemin de la maison, non sans avoir fait quelques achats et nous être arrêtés pour boire un cocktail sur la plage voisine. On est à Ibiza, tout de même !